SENEGAL-MOYENORIENT-ECONOMIE-ANALYSE
La guerre au Moyen-Orient engendre des incertitudes majeures sur les marchés énergétiques mondiaux, rendant la réflexion sur la souveraineté énergétique du Sénégal plus critique que jamais. Avec des risques grandissants de flambée des prix des hydrocarbures, le pays se trouve à une croisée des chemins où sa production relativement modeste de pétrole et de gaz pourrait servir de levier pour bâtir une autodétermination énergétique et industrielle durable.
Oumar Ba, spécialiste du droit fiscal et de la gestion des ressources gazières et pétrolières, souligne l’importance de moderniser la Société africaine de raffinage (SAR). Selon lui, la SAR est un véritable « outil stratégique » pour le Sénégal, surtout en période de crises économiques. Il préconise d’accroître la capacité de raffinage de la SAR et de développer une chaîne de valeur énergétique bien intégrée, comprenant le stockage et la transformation locale.
En ce moment, les tensions internationales, notamment l’invasion de l’Iran par les États-Unis et Israël, pourraient exacerber les conséquences sur le marché des hydrocarbures. Ba affirme que même si les volumes de production du Sénégal restent modestes, ceux-ci pourraient renforcer la sécurité énergétique du pays. Il est impératif que le pétrole et le gaz produits localement ne soient pas simplement exportés, mais également utilisés pour construire une véritable autonomie énergétique.
Soutien de l’État au secteur privé
Avec les risques d’hyperinflation liés aux hydrocarbures, le renforcement de la SAR peut également permettre d’éliminer les subventions généralisées qui pèsent sur le budget gouvernemental. Ba met en avant la nécessité de remplacer ces subventions par une maîtrise des coûts de production locaux. Il apprécie la mise en place par le gouvernement d’un comité de suivi permanent chargé de stabiliser les prix à la pompe, en dépit de la volatilité du marché mondial.
Le concept de SAR 2.0, selon Oumar Ba, est crucial pour le Sénégal, car il vise à tripler la capacité de la SAR de 1,5 million à 5 millions de tonnes par an. Cela constituerait un pas décisif vers la fin de la dépendance exclusive envers les bruts importés, marquant une transition significative vers la souveraineté énergétique.
Historiquement, la SAR, fondée en 1961 avec la participation de sociétés pétrolières privées, a été le pilier du raffinage local, garantissant l’approvisionnement en produits comme le gaz butane et le diesel. Pour Ba, il est essentiel que les revenus générés par les hydrocarbures soient également orientés vers la diversification économique et la transition énergétique.
Contextes géopolitiques et risques d’approvisionnement
Les préoccupations grandissantes autour des marchés des hydrocarbures s’expliquent notamment par des événements géopolitiques marquants. Les tensions militaires au Moyen-Orient, comme celles entre l’Iran et les États-Unis, risquent d’entraîner des hausses des prix du pétrole, impactant directement l’économie sénégalaise. Ba expose que l’une des voies maritimes les plus stratégiques au monde, le détroit d’Ormuz, pourrait subir des perturbations, augmentant ainsi les coûts d’importation de pétrole et de gaz pour le Sénégal.
Le détroit d’Ormuz représente un point névralgique, avec environ 30% du gaz naturel liquéfié mondial et 20% du pétrole commercialisé passant par cette route. Si une crise émerge à cet endroit, les répercussions sur les marchés mondiaux risqueraient d’être immédiates, entraînant de graves conséquences économiques pour le Sénégal et d’autres pays importateurs.
Impact économique sur le Sénégal
Les menaces de résiliation de contrats d’assurance maritime dues à des risques de guerre dans la région pourraient également remettre en question la stabilité du marché. L’analyse de Ba met en lumière que si les prix du pétrole continuent de grimper, cela pourrait gruger les finances publiques du Sénégal, surtout si l’État choisit de maintenir des subventions, limitant ainsi la capacité de réaction face aux fluctuations de prix.
La forte dépendance du pays vis-à-vis des importations de carburant pourrait signifier que toute hausse prolongée des prix agisse comme une véritable taxe sur l’économie, freinant ainsi la consommation et ralentissant la dynamique économique globale.
Une position géographique stratégique
Malgré ces défis, le Sénégal bénéficie d’atouts importants. Selon Oumar Ba, le pays, réputé pour sa stabilité, est en position de se transformer d’importateur à producteur, voire potentiellement à exportateur d’hydrocarbures. Son emplacement géographique, relativement éloigné des zones de conflits, renforce son attrait pour les investisseurs cherchant à fuir l’instabilité du Moyen-Orient.
En résumé, la nécessité d’une stratégie énergétique proactive et d’un soutien renforcé à la SAR se fait sentir avec acuité. Dans un contexte mondial incertain, il est crucial pour le Sénégal de se positionner stratégiquement afin de sécuriser son avenir énergétique et économique.



