Propaganda Machine : L’influence russe en Afrique du Sud et en Namibie
Dans “Propaganda Machine”, un consortium d’investigation autour de Forbidden Stories explore des documents internes sur la soi-disant “compagnie”, Africa Politology. Ce groupe de consultants en communication et influence, fondé par Evgueni Prigojine, a été récupéré par les services d’État russes après la disparition du fondateur du groupe Wagner. Cet épisode se penche sur la mission de ces “experts” en Afrique du Sud, où ils se sont vantés d’avoir aidé l’African National Congress (ANC) à conserver son pouvoir lors des deux dernières élections, une stratégie qui s’étend aussi à la Namibie.
La dynamique interne de l’ANC
La convention électorale de l’ANC ne se tiendra qu’en décembre 2027, mais les spéculations vont bon train sur le futur leadership du parti. Les noms de Paul Mashatile, l’actuel vice-président, et de Fikile Mbalula, le Secrétaire général, émergent fréquemment dans ce contexte. Ce dernier, en particulier, a été lié à des rencontres avec des agents russes, selon des documents internes de la “compagnie”.
Ces rencontres mettent en lumière l’influence potentielle de la Russie dans la sphère politique sud-africaine, surtout à l’approche des élections de mai 2029, où l’actuel président Cyril Ramaphosa devra éventuellement céder son poste. Alors que certains s’interrogent sur une possible alternance, la présence d’un soutien international pourrait avoir un impact significatif sur le résultat des urnes.
Le soutien russe à l’ANC
Les documents révèlent des interactions réglementées entre des “experts” russes et des leaders du parti sud-africain. Mbalula aurait fait appel à un soutien russe durant son voyage à Moscou en 2018, pour contrer la montée en puissance de l’opposition à l’époque. Une réservation d’hôtels, apparemment réglée par des employés de Prigojine, illustre ce lien.
Les Russes assurent avoir aidé l’ANC à obtenir plus de 57 % des voix lors des élections de 2019, maintenant ainsi l’alliance historique entre Pretoria et Moscou.
Stratégies de campagne et gestion de la désinformation
En période électorale, l’ANC a collaboré avec les consultants russes pour développer des stratégies visant à renforcer son image tout en dénigrant l’opposition, notamment l’Alliance Démocratique (DA). Les contrats passés avec ces “experts” impliquent l’utilisation de campagnes de dénigrement ciblées, tout en utilisant des subterfuges liés à des thématiques sensibles en Afrique du Sud.
Des budgets considérables étaient alloués à des projets de désinformation, tel que la création de contenu visuel et de faux communiqués, visant à semer le doute sur l’opposition. Les résultats escomptés incluaient un affaiblissement significatif de la DA, perçue comme une menace pour les intérêts russes.
Dépendencies financières et cadeaux somptueux
Les rapports internes soulignent également des échanges pécuniaires importants entre Mbalula et les représentants russes. Des montants comme 300 000 dollars pour financer des activités politiques ont été évoqués, suivis de cadeaux somptueux tels que des bouteilles de whisky à presque 300 dollars. Ce système de troc souligne la nature transactionnelle de ces relations diplomatiques.
Les répercussions ailleurs en Afrique
L’influence russe ne se limite pas à l’Afrique du Sud ; elle s’étend également à la Namibie. Les consultations entre les membres de l’ANC et leurs homologues namibiens ont ouvert la voie à des campagnes similaires. Les préparatifs autour des élections de novembre 2024 incluent une série de publications médiatiques élaborées par des spécialistes russes pour rehausser l’image de la Swapo, le parti au pouvoir, tout en ternissant celle des opposants.
Des opérations de désinformation ciblant la population et les médias ont été mises en œuvre, mettant en avant des accusations fallacieuses contre l’opposition, créant un environnement de méfiance et de division.
Tentatives de consolidation d’un front pro-russe
Des documents révèlent aussi des efforts pour unir plusieurs factions, y compris l’Economic Freedom Fighters (EFF) et d’autres groupes moins tradiotionnels, en vue d’une coalition pro-russe. Les EFF, qui ont montré leur proximité avec Moscou via leurs discours et actions, sont envisagés comme des partenaires possibles pour équilibrer le gouvernement.
Ces alliances sont perçues comme essentielles pour restaurer l’influence russe dans la région, proposant une alternative aux valeurs occidentales, renforçant ainsi le récit pro-Kremlin contre l’OTAN et les pays occidentaux.
L’avenir incertain
Malgré des relations ambivalentes, la loyauté potentielle des factions pro-russes reste potentiellement transitoire. À l’approche des élections, les documents de la “compagnie” laissent entrevoir un avenir politique sud-africain profondément interconnecté à des influences extérieures, tout en suscitant des préoccupations sur la durabilité d’une telle connexion dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes.



