La capitale guinéenne, Conakry, a été le théâtre d’un événement marquant les 6 et 7 mai : un séminaire régional de l’Association internationale de la sécurité sociale (AISS). Organisé en collaboration avec la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS) de Guinée, ce séminaire a rassemblé des experts et des responsables des institutions de sécurité sociale d’Afrique de l’Ouest autour d’un thème crucial : « Le travail actuariel pour la bonne gouvernance et la résilience financière de la sécurité sociale en Afrique de l’Ouest ».
Lors de l’ouverture des travaux, la directrice générale de la CNPS, la Générale Aminata Diallo, a mis en avant l’importance stratégique de cet événement pour la région. « Ce séminaire réunit les acteurs clés des systèmes de sécurité sociale de l’Afrique de l’Ouest, ce qui souligne la nécessité d’aborder un sujet aussi crucial que stratégique : le travail actuariel au service de la bonne gouvernance et de la résilience financière », a-t-elle déclaré.
Elle a également salué la volonté politique qui soutient les réformes en Guinée, rendant hommage au président, le Général d’armée Mamadi Doumbouya, pour son « engagement total à améliorer les conditions de vie des agents de l’État et des retraités ».
La Générale Diallo a insisté sur la nécessité de professionnaliser la gestion des systèmes de sécurité sociale : « Les évaluations actuarielles ne sont pas de simples exercices techniques. Elles permettent d’anticiper les déséquilibres, de mesurer les engagements à long terme et de construire des réformes responsables basées sur des données probantes ».
Denis Charles Kouassy, directeur général de la Caisse de sécurité sociale de Côte d’Ivoire, a partagé son expérience d’une réforme réussie ayant permis à son pays de surmonter une grave crise financière. « De 2005 à 2011, nous avions accumulé 200 milliards de déficit. En 2012, un changement de paradigme a permis de réaliser un bénéfice de 8 milliards. En 2023, nous avons atteint 200 milliards de bénéfices », a-t-il expliqué.
Kouassy a attribué ce redressement à une refonte en profondeur du modèle de sécurité sociale : « Nous avons abandonné le modèle de solidarité pure pour un modèle qui produit de la richesse ». Il a cité des mesures clés telles que le recul de l’âge de départ à la retraite de 55 à 60 ans et le relèvement du taux de cotisation de 8 % à 14 %. « Aujourd’hui, notre portefeuille monétaire et financier est passé de 26 milliards à plus de 1 100 milliards de francs CFA, dont près de 600 milliards sont investis en obligations d’État ».
Le Premier ministre guinéen, Amadou Oury Bah, a clôturé la cérémonie d’ouverture en évoquant le lien entre les enjeux du séminaire et la transformation de l’État guinéen. « Les questions sociales étaient souvent reléguées, mises de côté pour des priorités politiques. On évoquait le social sans jamais le concrétiser », a-t-il déclaré.
Bah a soutenu que la refondation de l’État nécessite un socle solide de solidarité nationale : « Nous ne pouvons pas avoir des États stables sans distribution équitable et large, des produits de la richesse nationale ».
Il a également salué les efforts en cours, notamment la mise en place de l’assurance maladie pour les fonctionnaires, les retraités et certaines professions artistiques. « Une identification claire de chaque citoyen est indispensable pour construire un système de sécurité sociale efficace », a-t-il conclu.
Thierno Amadou Diallo



