L’élection présidentielle au Cameroun approche à grands pas, et la question de la candidature de Paul Biya, âgé de 93 ans, soulève de vives réactions. Dans son discours de fin d’année, Biya a réaffirmé sa détermination à poursuivre sa carrière politique, provoquant un débat intense au sein de la société, et notamment parmi les figures religieuses du pays.
Au cœur de cette contestation, Monseigneur Yaouda Hourgo, évêque du diocèse de Yagoua, s’est distingué par une déclaration percutante. Lors de son homélie de nouvel an, il a appelé à une alternance politique, soulignant le besoin urgent de changement. Son message résonne comme un cri du cœur : « On a déjà souffert, on ne va pas souffrir plus que ça », ce qui résume le désenchantement d’une population qui a enduré des années de difficultés économiques et sociales.
Dans un autre registre, l’évêque de Ngaoundéré a dénoncé les menaces pesant sur ceux qui osent exprimer leurs souffrances. Selon lui, la véritable souffrance réside dans le fait qu’on empêche les Camerounais de faire entendre leur voix. « Qui va-t-on gouverner lorsqu’on aura broyé tous les Camerounais ? » s’est-il interrogé, mettant en lumière l’angoisse d’une nation dont les droits semblent être piétinés.
Face à ces déclarations audacieuses, une partie de la population exprime son soutien aux évêques. Etienne Bakaba, vicaire à la cathédrale saint Pierre et Paul de Bonadibong à Douala, fait écho à ce sentiment : « Les évêques ne peuvent se contenter de rester dans le confort de leur sacristie ». Dans un contexte de mal gouvernance et de corruption, ils ont pour mission d’éclairer leurs fidèles sur les enjeux sociaux à travers la lumière de l’Évangile.
Cependant, la réponse des autorités n’a pas tardé. Paul Atanga Nji, ministre de l’administration territoriale, a fait part de son intention de surveiller de près certaines associations religieuses, qu’il accuse de semer le trouble. Il a clairement averti : « Toutes ces personnes qui jettent de l’huile sur le feu n’ont qu’à bien se tenir », soulignant que l’ordre public sera maintenu à tout prix.
Dans une lettre ouverte, Jean de Dieu Momo, ministre délégué auprès du ministre de la justice, a dénoncé les déclarations des prélats comme des « exagérations blasphématoires », révélant ainsi les tensions entre l’État et les figures religieuses. La montée de ce débat a également suscité des réactions au sein du parti au pouvoir. Grégoire Owona, secrétaire général adjoint du Rdpc, a appelé à la sérénité, prônant une approche moins violente face aux critiques des évêques : « Gardons notre sérénité et continuons de travailler ».
Dans ce contexte tumultueux, une rencontre de tous les évêques du Cameroun s’est tenue à Buea, dans la région du sud-ouest. Cette réunion sera suivie d’une déclaration très attendue de la conférence épiscopale nationale du Cameroun, augurant d’un avenir politique incertain pour le pays, mais qui pourrait, espérons-le, ouvrir la voie à un dialogue constructif.



