En tant que pâtissier issu de la diaspora africaine, je crois fermement en l’importance de valoriser nos créations.

Reportage Maison N’Cho

Jacob N’Cho, un pâtissier ivoirien de 35 ans, partage sa vision sur l’identité culinaire. Il est à la tête d’une boulangerie-pâtisserie à Pantin depuis juin dernier. Pour lui, la fierté dans son travail prime sur l’obligation de mettre en avant les produits africains. “Pas forcément. L’essentiel, c’est d’être fier de ce que l’on fait et de ne rien regretter”, confie-t-il, tout en cultivant un lien chaleureux avec ses clients, souvent des habitués du quartier.

Du Paris-Brest au Paris-Abidjan

Au sein de sa boutique, Jacob N’Cho propose une fusion intéressante : des classiques de la pâtisserie française dansent avec des créations intégrant des ingrédients africains. On y trouve des délices comme des flans à la vanille, des framboisiers, mais aussi des spécialités mettant en avant la mangue, l’ananas, et surtout la noix de cajou, un produit phare de la Côte d’Ivoire, son pays natal. Un exemple emblématique est le “Paris-Abidjan”, qui remplace la noisette par les trésors locaux de la noix de cajou.

Malgré l’engouement de ses clients et l’attention médiatique, les revisites de Jacob n’ont pas toujours été bien accueillies. “À mes débuts, alors que je faisais un stage, j’ai voulu ajouter du gingembre à une tarte au citron. Ce n’était pas au goût des gens du quartier”, se souvient-il. Néanmoins, son audace fait parler d’elle et continue de séduire les curieux.

Les ambitions de Jacob vont au-delà des noix de cajou; il envisage d’explorer des ingrédients comme le moringa, la papaye ou les farines de millet et de manioc pour ses créations futures.

“Ce qui me faisait peur, c’était de recommencer en bas de l’échelle”

Jacob N’Cho est un homme de défis et de reconversion. Né en France, il a grandi dans des conditions modestes dans le 19e arrondissement de Paris. La vie familiale, marquée par des espaces exigus, lui a inculqué de solides valeurs. “Ça forge, ça vous donne des valeurs”, souligne-t-il, tout en remerciant ses parents pour ces leçons de vie.

Avant de se lancer dans la pâtisserie, Jacob a fait carrière en tant que régisseur, un métier qu’il a quitté en raison d’un rythme de vie incompatible avec sa vie de famille. C’est durant le confinement, en 2020, qu’il a commencé à réaliser des gâteaux pour le plaisir. Sa femme, Dounia, lui a suggéré de passer un CAP, mais l’idée l’effrayait. “Être en haut de l’échelle et devoir recommencer en bas, ce n’était pas ce que je voulais”, explique-t-il.

Finalement, après plusieurs années de travail acharné dans différentes boulangeries, Jacob a ouvert sa propre boutique avec le soutien de sa famille, notamment de son épouse qui gère la comptabilité. Il valorise ses apprentis sur les réseaux sociaux, exprimant sa satisfaction d’avoir construit une petite famille autour de lui.

Son prochain grand projet? Ouvrir une école de boulangerie-pâtisserie en Côte d’Ivoire, afin de transmettre son savoir et encourager les jeunes talents.

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