Extradition ou Livraison : Le Cas de Paul Henri Sandaogo Damiba
Il y a environ dix jours, le Togo a procédé à l’extradition de Paul Henri Sandaogo Damiba, ancien président burkinabè qui avait trouvé refuge à Lomé. Cette décision soulève des questions cruciales : s’agissait-il réellement d’une extradition ou plutôt d’une livraison vers un pays où il pourrait être en danger ? Le contexte politique de cette action est complexe et mérite une analyse approfondie.
L’Asile Politique au Togo : Un Paradoxe
Damiba, qui avait été évincé par un coup d’État, avait trouvé asile au Togo grâce, en partie, aux efforts de médiation de figures influentes comme le cardinal Philippe Ouédraogo. Sa démission, cependant, avait été accompagnée d’un accord stipulant plusieurs conditions, que son successeur, Ibrahim Traoré, n’a pas respectées. Cette promesse non tenue a laissé Damiba amer et méfiant envers ses hôtes togolais.
Une Extradition Blitz : Les Détails
La rapidité avec laquelle l’extradition a été réalisée laisse perplexe. Le 17 janvier 2026, la décision de justice a été annoncée, suivie le lendemain d’une exécution express. Cela soulève des interrogations sur le processus légal habituel : comment une procédure judiciaire peut-elle être conclue si rapidement ? En effet, le cas de Damiba semble inédite, surtout comparé à d’autres cas en Afrique, comme celui de Charles Taylor, qui a nécessité des négociations prolongées.
L’Inquiétude pour les Demandeurs d’Asile
Ce contexte met en lumière la dangerosité pour quiconque cherche refuge au Togo. L’historique des extraditions dans ce pays, comme celle de Lida Kouassi Moïse en 2012, montre un modèle intransigeant. Les demandeurs d’asile doivent désormais être conscients des risques potentiels, indépendamment de leur situation ou de leurs soutiens.
Le Dilemme Juridique et Éthique
L’argumentation du Togo pour justifier cette extradition repose sur l’affirmation que Damiba ne risquerait pas la peine de mort et qu’il bénéficierait d’une « justice équitable » au Burkina Faso. Cependant, le climat politique actuel, caractérisé par des atteintes aux droits humains et des pressions sur le système judiciaire, soulève des doutes légitimes. Les actions des militaires au Burkina, notamment le harcèlement des juges et l’enlèvement d’individus, remettent en question la viabilité de toute promesse de justice.
Les Perspectives Sombres
Au Burkina Faso, l’accusation de putsch équivaut souvent à une présomption de culpabilité, rendant la défense juridique extrêmement difficile, voire impossible. L’illustration d’avocats disparus après avoir pris des affaires contre l’État démontre l’environnement hostile qui règne. Ce contexte amène à se demander si Damiba peut réellement espérer un traitement juste après son retour.
Conclusion : Un Avenir Incertain
La situation de Paul Henri Sandaogo Damiba illustre à quel point le paysage politique en Afrique de l’Ouest peut être volatile et imprévisible. Les implications de son extradition reflètent non seulement les tensions internes au Burkina Faso, mais soulignent également les échecs des mécanismes de protection des droits des individus dans un cadre aussi complexe. Cette affaire mérite d’être suivie de près alors que les questions de justice et de droits humains au sein de la région continuent d’évoluer.



