Un Ancien Diplomate Alerte sur le “Blanchiment de Coup d’État” en Afrique
Babacar Ndiaye, un ancien diplomate et chercheur reconnu en géopolitique, met en lumière un phénomène préoccupant qui touche l’Afrique : le “blanchiment de coup d’État”. Ce concept, qu’il a développé au fil de ses recherches, désigne les stratégies astucieuses employées par les juntes militaires pour transformer des prises de pouvoir illégales en régimes se présentant sous un vernis démocratique. Ses réflexions sont relayées par l’Agence de Presse Sénégalaise (APS) dans un contexte où la stabilité politique en Afrique de l’Ouest se fragilise face à des coups d’État.
Naissance d’un Concept Pertinent
M. Ndiaye a introduit l’idée de “blanchiment de coup d’État” dans un article scientifique publié en septembre 2024 dans une revue spécialisée à Bruxelles. Son titre, “Shift in the West Africa Collective Security Architecture”, explore en profondeur le retrait des États de l’Alliance des États du Sahel (AES) de la CEDEAO. Il décrit ce retrait comme une “rupture géopolitique majeure” depuis la guerre froide, révélant les enjeux complexes de la sécurité collective en Afrique de l’Ouest.
Un Procédé en Trois Étapes
Le processus de blanchiment se déroule selon M. Ndiaye en trois phases distinctes. Dans un environnement où la communauté internationale a fermement réaffirmé sa “zéro tolérance pour les coups d’État depuis 2000”, les putschistes doivent naviguer habilement entre légitimité et illégalité. En premier lieu, après avoir pris le pouvoir par la force, ils se rendent compte qu’ils doivent faire face à des pressions internes et externes. Ainsi, ils s’engagent à “rendre le pouvoir au civil” après avoir soi-disant purgé les institutions de leur corruption présumée, un message soigneusement orchestré pour apaiser les tensions internationales.
Le Glissement du Calendrier
Une fois l’engagement de transition pris, des délais sont fixés en concert avec des organisations comme la CEDEAO ou l’Union africaine. Toutefois, M. Ndiaye souligne une stratégie commune : le “glissement du calendrier”. Cette manœuvre consiste à prolonger indéfiniment les délais de transition. En référence à des techniques observées au Congo, il évoque des situations où les délais deviennent sans cesse des “provisoires”, permettant aux militaires de s’installer durablement au pouvoir, parfois même bénéficiant d’un mandat prolongé sans réelles intentions de retour à l’ordre civil.
Une Transformation Surprenante
Au fil du temps, ces militaires se métamorphosent. De l’uniforme aux habits civils, ils abandonnent leur apparence militaire pour adopter un visage plus respectueux des conventions socio-politiques, souvent teinté de statistiques de taux de popularité artificiellement gonflés. Avec ce changement de costume, les leaders militaires déclarent agir pour satisfaire une “demande populaire”, souvent orchestrée par des raisons politiques spécifiques.
Manipulation Électorale et Légitimité Apparente
Lorsque le moment des élections approche, le processus devient délicat. M. Ndiaye décrit un cadre où les élections, bien que se déroulant dans un cadre formellement démocratique, sont souvent manipulées en amont. Des candidatures sont éliminées sur la base de prétextes variés, garantissant ainsi un résultat qui flotte entre l’illégitimité et le semblant de légalité. Cette manipulation des processus électoraux fait que, même si ces élections semblent légitimes, elles présentent de nombreuses irrégularités sous-jacentes.
Réaction de l’Union Africaine
En écho à ses travaux, Babacar Ndiaye a exprimé sa satisfaction face à l’intérêt grandissant suscité par son concept au sein de l’Union africaine. Il se réjouit que le sujet du “blanchiment” soit intégré dans les discussions à un niveau aussi élevé, ce qui témoigne d’une prise de conscience collective face à ce défi persistant.
Un Constat Alarmant
Ces réflexions interviennent alors que de nombreux pays en Afrique de l’Ouest et au Sahel traversent des phases de transition délicates, marquées par une succession de coups d’État. Le phénomène du “blanchiment de coup d’État” soulève des questions cruciales sur la manière dont les démocraties peuvent se défendre face à des réalités géopolitiques aussi déroutantes.



