Le Nigeria mise sur le gazoduc Atlantique pour relier ses réserves gazières au Maroc et conquérir les marchés européens, le qualifiant de « pilier de son expansion sur le continent ».

Le Nigeria, avec une ambition marquée, se positionne en tant que leader des infrastructures gazières à l’échelle transcontinentale. Au cœur de cette stratégie se trouve le gazoduc Afrique atlantique, un projet ambitieux destiné à relier les précieux champs gaziers nigérians au Maroc, et par extension, à l’Europe. Porté par la Compagnie nationale nigériane des hydrocarbures (NNPC), ce projet de près de 6 000 kilomètres ambitionne de traverser treize États d’Afrique de l’Ouest, s’érigeant ainsi en pilier d’un nouvel axe énergétique pour le continent.

Lors de la récente Conférence et exposition internationale du pétrole d’Abou Dhabi (ADIPEC-2025), le directeur général de la NNPC, Bayo Ojulari, a souligné l’importance de ce gazoduc, précisant qu’il constitue « l’un des piliers de notre expansion et reliera Lagos au Maroc en longeant le pourtour atlantique du continent ». Il a également mis en avant son potentiel à favoriser des « flux transfrontaliers de gaz et des prélèvements nationaux », soutenant ainsi la croissance industrielle tout au long de son parcours.

Un corridor gazier structurant pour l’Afrique de l’Ouest

Le projet du gazoduc Afrique atlantique remonte à un accord signé en décembre 2016 entre la NNPC Ltd. et l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) du Maroc. C’est en août 2017 qu’une étude de faisabilité conjointe a été lancée. Le coût global du projet est évalué à environ 25 milliards de dollars, avec une réalisation prévue par étapes sur une période de vingt-cinq ans. Ce corridor gazier est conçu pour prolonger et élargir le Gazoduc ouest-africain (WAGP) existant, qui relie déjà le Nigeria au Ghana, avant de s’étendre progressivement vers la Côte d’Ivoire et d’autres pays côtiers jusqu’au Maroc.

M. Ojulari a affirmé que chaque pays traversé par le gazoduc aura l’opportunité d’injecter du gaz provenant de ses propres gisements, tout en prélevant des volumes pour alimenter ses industries et communautés. De plus, une fois connecté au Maroc, le système devrait s’étendre vers l’Europe, créant ainsi un corridor énergétique stratégique reliant l’Afrique aux marchés mondiaux. Cela permettra de valoriser les réserves gazières nigérianes, estimées à plus de 600 000 milliards de pieds cubes, tout en offrant aux États avec des ressources plus modestes l’accès à une infrastructure collective.

Complémentarité avec les grands projets gaziers nationaux

En parallèle de cette initiative continentale, la NNPC Ltd. s’engage également dans le développement de grands axes gaziers sur le territoire nigérian. Parmi ceux-ci, le gazoduc Ajaokuta–Kaduna–Kano (AKK) se distingue. Long de 614 kilomètres et doté d’un budget de 2,8 milliards de dollars, il est destiné à alimenter les centrales électriques et les pôles industriels du nord du Nigeria. Ce projet a récemment franchi une étape significative avec l’achèvement du passage sous le fleuve Niger, un défi technique majeur.

M. Ojulari a déclaré que cette réalisation ouvre la voie à la mise en service du gazoduc dès le début de l’année prochaine, anticipant une dynamique favorable pour les complexes industriels et les infrastructures énergétiques à Kaduna, Kano, Abuja et Ajaokuta. Le développement de parcs industriels le long du trajet du gazoduc est également envisagé, promettant une stimulation économique locale.

En outre, le gazoduc Obiafu–Obrikom–Oben (OB3) est en cours de construction pour relier les gisements orientaux aux réseaux occidentaux, assurant une circulation continue du gaz au niveau national. Selon la NNPC Ltd., l’ensemble de ces infrastructures vise à réduire la dépendance aux carburants fossiles tout en soutenant la production électrique et industrielle.

Enfin, M. Ojulari a rappelé que les réformes issues de la loi sur l’industrie pétrolière ont redéfini la mission de la NNPC en tant qu’entité commerciale, agissant sans dépendre des financements fédéraux. La compagnie s’engage à collaborer avec des partenaires africains et internationaux pour faire de l’Afrique un acteur clé dans la chaîne mondiale du gaz.

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