Les pays africains remettent en question la stratégie sanitaire de Trump
La stratégie mondiale de santé « l’Amérique d’abord » considérée comme abusive, fait débat.
Les États-Unis rencontrent des difficultés avec la stratégie sanitaire mondiale « l’Amérique d’abord », lancée en septembre 2025. À ce jour, vingt pays africains et quatre États d’Amérique latine ont signé des protocoles d’accord dans le cadre de cette approche, qui vise en partie à remplacer l’aide des ONG par un soutien direct du gouvernement américain pendant cinq ans.
Historiquement, la majorité des pays africains dépendaient des subventions de santé apportées par l’Agence américaine pour le développement international (USAID) et le Fonds d’urgence du président américain pour la lutte contre le sida. Toutefois, ces programmes ont été réduits, suscitant une large inquiétude quant à l’avenir des soins de santé dans nombre de ces pays.
Bien que les sommes que les États-Unis sont prêts à investir soient conséquentes, elles représentent une baisse de 40 % en moyenne par rapport aux financements des cinq années antérieures. Les pays bénéficiaires doivent s’engager à financer leurs systèmes de santé ; sans cette obligation, les États-Unis pourraient retirer leur soutien à l’avenir.
Par exemple, le protocole d’accord avec le Kenya prévoit un investissement des États-Unis d’environ 1,63 milliard de dollars, à condition que le Kenya augmente ses dépenses de santé de 115 milliards de shillings kenyans. L’accord majeur avec le Nigeria, quant à lui, s’élève à 2,1 milliards de dollars contre un apport de 3 milliards de dollars de la part de ce dernier.
Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, soutient que cette approche conférera davantage de sécurité aux États-Unis, permettant la détection précoce des épidémies avant qu’elles n’atteignent le territoire américain. Le protocole d’accord avec le Kenya inclut des mesures pour garantir la capacité du pays à identifier les maladies infectieuses dans un court laps de temps.
En parallèle, cette stratégie vise également à favoriser les entreprises américaines du secteur de la santé en leur fournissant des données sur les agents pathogènes, ce qui pourrait leur offrir un avantage concurrentiel pour le développement de solutions médicales.
Les intentions affichées dans ces accords, qui incitent les pays à financer leurs systèmes de santé et à réduire leur dépendance à l’aide, sont louables. Cependant, plusieurs pays africains estiment que ces accords sont « abusifs ». Par exemple, le Zimbabwe a exprimé des réserves et s’est retiré d’un protocole d’accord exigeant le partage de ses ressources biologiques sans garantie d’accès aux innovations médicales développées à partir de ces données.
Cette situation a également conduit la Haute Cour du Kenya à suspendre un protocole d’accord en raison de recours judiciaires contre l’accès offert aux États-Unis aux données des patients. De son côté, la Zambie a soulevé des objections concernant l’accès américain aux minéraux stratégiques liés à un projet d’accord, illustrant le caractère transactionnel de ces accords.
Les protocoles d’accord avec la République démocratique du Congo (RDC) et la Guinée étaient également conditionnés à des engagements d’accès à des ressources minérales. Cela soulève des questions sur la nature d’une telle assistance et la possible exploitation des données sanitaires des pays bénéficiaires.
Des experts en politique internationale soulignent que cette stratégie est davantage axée sur l’enrichissement des entreprises américaines qu’elle ne vise à améliorer la santé mondiale. Les critiques de la politique « l’Amérique d’abord » affirment qu’elle cherche à renforcer la position des États-Unis sur la scène mondiale en matière de santé, au détriment des systèmes de soins locaux.
De plus, contourner les ONG pourrait nuire aux populations vulnérables, car ces organisations disposent souvent de l’expertise et de l’accès nécessaires pour répondre aux besoins spécifiques des communautés. Les préoccupations concernant la dépendance accrue à l’aide américaine, ainsi que les exigences idéologiques qui l’accompagnent, ajoutent une couche de complexité à ces accords.
Il est impératif pour les pays africains de réfléchir aux alternatives à cette stratégie. Paradoxalement, cela soulève des enjeux cruciaux : dans un contexte de réduction de l’aide mondiale, les pays comme le Zimbabwe peuvent se trouver en position délicate pour refuser une aide d’origine américaine, malgré les conditions qui y sont attachées.
En somme, les pays africains sont à un carrefour, jonglant avec la nécessité d’améliorer leurs systèmes de santé tout en naviguant dans des accords qui pourraient promulger une forme de néocolonialisme moderne, où les données sanitaires sont des ressources convoitées, mais également des leviers de pouvoir. Cette situation nécessite un examen attentif, une discussion franche et une évaluation stratégie pour protéger les intérêts locaux tout en répondant aux défis sanitaires mondiaux.
Si vous souhaitez republier des articles ISS Today, veuillez nous contacter. Au Nigeria, les droits exclusifs de re-publication ont été accordés à Premium Times.



