La sauvegarde des manuscrits d’Amadou Hampâté Bâ : un trésor menacé
“En Afrique, chaque fois qu’un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle.” Ces mots puissants, prononcés par Amadou Hampâté Bâ lors de la 11e session de la Conférence générale de l’UNESCO en 1960, capturent l’urgence de préserver le savoir ancestral et les traditions orales. Aujourd’hui, cette phrase résonne plus que jamais, alors que les manuscrits de cet écrivain et ethnologue sont menacés par le temps et les éléments.
Des manuscrits longtemps en péril
Amadou Hampâté Bâ, reconnu comme l’un des plus grands défenseurs de la tradition orale africaine, a consacré sa vie à la transmission de la culture. Mame Omar Diop, représentant de l’UNESCO en Côte d’Ivoire, souligne que ses manuscrits abritent des savoirs irremplaçables, des philosophies et des histoires en danger de disparaître.
Conscient de la valeur de son héritage, Bâ avait commencé à organiser ses archives, mais après sa mort, celles-ci ont été conservées dans des conditions précaires, exposées à l’humidité et aux rongeurs. Son héritière, Rokiatou Hampâté Bâ, évoque la menace de voir ce précieux patrimoine disparaître, soulignant que cela aurait été une immense perte non seulement pour la famille, mais pour l’humanité.
L’engagement décisif de l’UNESCO
Un moment clé dans la sauvegarde des manuscrits se produit en 2019, lorsque Audrey Azoulay, alors directrice générale de l’UNESCO, visite Abidjan. Impressionnée par l’héritage de Bâ, elle s’engage à soutenir les efforts de conservation et de numérisation. Ce soutien se place dans le cadre du mandat de l’UNESCO, qui valorise la préservation du patrimoine documentaire, affirmation partagée par Mame Omar Diop.
Sauver, numériser, transmettre
Ce projet ambitieux s’est concentré sur plusieurs axes fondamentaux. Tout d’abord, il était nécessaire d’améliorer les conditions de conservation des manuscrits, notamment en Côte d’Ivoire où l’humidité atteint des sommets. Parallèlement, des efforts ont été déployés pour renforcer les compétences des équipes locales et faciliter l’accès aux documents numérisés.
Rokiatou explique que des experts internationaux, y compris des équipes de Corée, ont été mobilisés pour mener à bien ce projet. Ils ont participé à la dépoussiérage, à la fabrication de boîtes de conservation adaptées et ont encadré le processus de numérisation.
Une victoire contre l’oubli
La sauvegarde des manuscrits a permis de redécouvrir des fragments de vie marquants. Rokiatou témoigne de l’émotion ressentie lors de la lecture des agendas de son père, où il consigne des souvenirs précieux de leur vie familiale. Ces écrits révèlent non seulement un homme engagé, mais aussi un père protecteur qui souhaitait un avenir libre et éclairé pour ses enfants.
Pour Mame Omar Diop, l’héritage d’Amadou Hampâté Bâ est d’une profondeur et d’une diversité qui continuent de résonner à l’époque contemporaine. Il est essentiel pour le dialogue interculturel et la valorisation de l’identité africaine.
Les contributions d’Hampâté Bâ à l’UNESCO ont également été remarquables. Comme l’indiquait Federico Mayor, ancien directeur général de l’Organisation, sa présence a aidé à faire entendre la culture africaine sur la scène internationale.
Rokiatou conclut en affirmant que la sauvegarde de ces manuscrits représente une victoire contre l’oubli. Chaque document préservé témoigne de l’engagement de l’écrivain envers la culture et l’éducation, et assure que son immense héritage continue de vivre et d’inspirer les générations futures.



