Un an après la chute d’Assad : les espoirs renouvelés de la diaspora syrienne.

Chute du régime Assad : un an après la libération de Damas

Damas, le 8 décembre 2024. Une coalition de rebelles marque un tournant décisif en entrant dans la ville, entraînant ainsi la chute spectaculaire du régime de Bachar Al-Assad. Un an plus tard, en 2025, les espoirs de reconstruction et de justice font vibrer les cœurs non seulement en Syrie, mais également au sein de la diaspora syrienne, notamment au Canada.

Des témoignages poignants

Mohamad Rami Jiha, un Syrien arrivé à Montréal en 1994, exprime son émotion : « C’était un événement d’envergure sismique. Je ne pensais pas voir ce jour de mon vivant. J’ai beaucoup pleuré, comme des millions de Syriens. » Le retrait du régime d’Assad après une guerre civile de 13 ans symbolise pour beaucoup une nouvelle ère d’espoir. Mohamad, qui a visité Damas cet été pour la première fois depuis longtemps, décrit sa ville natale comme « fatiguée, meurtrie, mais pleine d’espoir ».

Fadi Bertawi, président de l’Association d’accueil des Syriens du Québec, partage ce sentiment. Pour lui, « c’est un cauchemar dont on s’est débarrassés. C’est vraiment une nouvelle ère pour le peuple syrien après plus d’une décennie de massacres, de bombardements et d’armes chimiques. »

Les défis d’une transition fragile

Cependant, la fin du régime d’Assad ne garantit pas un avenir radieux pour la Syrie. Miloud Chennoufi, professeur de relations internationales au Collège des Forces canadiennes et également Syrien d’origine, met en lumière les incertitudes persistantes : « On est encore très loin des promesses d’un régime stable et démocratique. Le processus politique est lent. » Selon lui, un nouveau régime pourrait surgir qui ne respecterait pas nécessairement les aspirations démocratiques.

Chennoufi souligne que Hay’at Tahrir al-Cham, un ancien groupe lié à Al-Qaïda, est désormais au pouvoir. Son président intérimaire, Ahmed Al-Charaa, évoque une volonté d’instaurer un système démocratique inclusif. Mais les inquiétudes quant à une possible consolidation d’un régime autoritaire demeurent.

Vers la reconstruction

Sur le plan économique, Ahmed Al-Charaa multiplie les démarches diplomatiques pour lever les sanctions et obtenir des fonds nécessaires à la reconstruction des infrastructures. La Banque mondiale estime que les coûts pourraient dépasser 216 milliards de dollars américains. Le gouvernement de transition mise sur le soutien des monarchies du Golfe, ayant déjà signé des accords avec des pays comme l’Arabie saoudite et le Qatar.

Le rétablissement des relations diplomatiques se révèle crucial : la visite d’un président syrien à la Maison-Blanche pour la première fois depuis 1946 a marqué un tournant symbolique. De plus, le Canada a retiré Hay’at Tahrir al-Cham de sa liste d’organisations terroristes, un geste qui pourrait faciliter la relance du pays.

Une diaspora engagée

Parmi les Syriens revenus, quelques Canadiens cherchent à participer à la reconstruction. Fadi Bertawi évoque des travaux en cours à Damas, où les heures d’électricité sont déjà passées de 30 minutes à 14-16 heures par jour. Mohamad Rami Jiha, même s’il ne prévoit pas de retourner en Syrie, envisage d’investir depuis le Canada.

Les quelque 60 000 Syriens accueillis au Canada depuis 2015 se retrouvent face à un dilemme. Pour beaucoup, le retour en Syrie est compliqué par les attaches familiales et les racines déjà établies au Canada.

Un besoin urgent de justice

La quête de justice représente un défi de taille. La Syrie porte encore les cicatrices d’une guerre civile ayant fait plus d’un million de morts, avec de nombreuses personnes portées disparues. Les atrocités commises par tous les acteurs du conflit, y compris le groupe État islamique, ont laissé des blessures ouvertes.

Des preuves de tortures continuent d’émerger, et les familles espèrent toujours retrouver leurs proches disparus. Le processus de découverte des fosses communes pourrait prendre jusqu’à 20 ans, témoignant de l’ampleur des défis à surmonter.

Continuité de la violence

L’ONU alerte sur la situation volatile du pays. Depuis la chute du régime d’Assad, des violences intercommunautaires s’intensifient, notamment contre la minorité alaouite, désormais cible d’attaques. Des massacres récents soulignent cette fragilisation continuelle et les tensions entre différentes communautés.

Malgré ces difficultés, certains, comme Bertawi, voient une volonté de cohabitation dans le pays. Cependant, les inquiétudes persistent quant à la direction future de la Syrie, alors que beaucoup vivent encore dans des conditions précaires.

La Syrie, après la chute d’un régime autoritaire, se trouve à un carrefour complexe, oscillant entre espoir de renouveau et craintes de retours à la violence. Les mois à venir seront déterminants dans la redéfinition de son avenir.

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